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Retired

Nous avons du abandonner le Fastnet sur un "accident". C'est assez frustrant. Il y a cependant beaucoup de choses à dire sur les autres bateaux.

10/08/19

Nous étions presque arrivés à la DST de Land’s End, environ douzièmes au général. Ce n’était pas formidable, mais au tiers de la course, avec un objectif d’entrer dans les 10, on était à peu près dans les clous. Le J2 a déralingué, je m’y attendais. Je l’ai affalé, rentré à l’intérieur. Nous pouvions envoyer le J3 et c’était certainement la bonne voile pour les 24 heures suivantes. Cependant, Jérôme m’a dit qu’il ne pouvait plus continuer, je m’y attendais aussi un peu. Premier abandon dans une course offshore, retour à Plymouth, fin du Fastnet.

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Commençons par le classement, nous avons fait une très mauvaise sortie du Solent, le vent était au Sud et sous spi, avec la flotte au vent, nous n’avons jamais réussi à remonter vers l’Ile de Wight pour l’attraper. Par ailleurs, à l’approche des Needles, le vent refusait. Lors de l’envoi, la ralingue du J2 s’est un peu déchirée. Nous l’avons recousue sur le bord de spi suivant mais elle était fragilisée. Nous avons cependant fait une belle remontée durant la nuit en choisissant de passer la zone de transition plutôt à terre. Vers 18 :00 nous avons repris des gribs et celui qui donnait les conditions les plus proches de la réalité à T0 suggérait de passer à terre. Nous avons donc pris cette option et le vent ne s’est jamais arrêté pour nous, cela nous a remis dans le match.

 

Au milieu de la nuit, le vent est progressivement tombé tout en basculant, nous avons donc affalé le spi pour le remplacer par le J2 (nous n’avons pas de J1 en double), il devait y avoir 5 nœuds de vent . Une fois le spi affalé, Jérôme a voulu redescendre du bord du bateau vers le cockpit, il a raté le banc qui était couvert par le spi et a chuté lourdement : 2 côtes cassées. Nous avons cependant décidé de continuer mais quand les conditions ont forci l’incapacité de Jérôme à continuer n’a pas été une vraie surprise.

 

Le déralinguage est une conséquence des deux points ci-dessus. Comme j’étais seul à pouvoir manœuvrer, Jérôme ne pouvant que barrer. Nous avions décidé de garder le J2 jusqu’à la DST des Scilly car notre routage suggérait éventuellement ensuite une petite session de code 5, puis un passage sous J3. Pour limiter le nombre de manœuvres, nous avions décidé de laisser le bateau un peu chargé sous J2 jusqu’à la DST. Dans des conditions normales, nous serions passés sous J3 plus tôt d’autant plus que nous savions la ralingue abimée. Cependant, au moment d’abandonner, le J2 était bien rangé à l’intérieur, il n’y avait qu’à envoyer le J3 nous pouvions théoriquement continuer la course et être compétitifs, mais vue les conditions qu’il y a eu ensuite, je crois qu’abandonner à ce stade a été une chance. La suite avec 2 cotes cassées aurait été très difficile.

 

Voilà tout ce que l’on peut dire sur Timeline. C’est un accident, ce n’est ni un problème de matériel, ni de préparation, ni une mauvaise manœuvre. Jérôme a juste raté la marche. Cela rend l’échec un peu moins frustrant. On avait fait une mauvaise sortie du Solent mais on s’était bien refaits. Les 10 étaient jouables. On ne saura jamais.

 

Parlons maintenant des autres. Un premier regard au classement fait immédiatement réaliser deux points :

     - Les deux équipages avec un professionnel à bord sont aux 2 premières places.

     - Il y a 3 nouveaux modèles (JPK 1030 et Sun Fast 3300) dans les 4 premiers bateaux.

Si l’on veut aller un peu plus loin dans l’étude, je crois qu’il faut regarder séparément ce qu’il s’est passé sur la montée et sur la descente. La montée s’est courue dans des conditions de vent essentiellement soutenues (sauf les 15 premières heures) et avec différents angles de vent mais essentiellement du près très ouvert à 55°/60° du vent. Le site du RORC donne un classement de la montée, malheureusement, il n’est pas disponible pour les doubles, on va donc utiliser l’IRC3 où l’on trouve une grande partie des doubles compétitifs.

 

Sur cette montée, on ne retrouve qu’un des deux phénomènes de l’arrivée. Les équipages professionnels occupent les 2 premières places (Dream Pearls n’est pas en double). Les nouveaux modèles de bateau sont clairement dans le match mais se répartissent sur les 10 premières places (car il y 4 bateaux en équipage dans les 14 premiers).

 

Pour mieux comprendre ce qu’il s’est passé, j’ai calculé un classement du retour en temps compensé toujours sur l’IRC3 en ajoutant Foggy Dew (au cas où…).

 

 

On voit ici que les nouveaux bateaux sont absolument dominateurs : ils occupent 5 des 6 premières places. Dans une descente dans la brise entre 90° et 120°, ils seraient intouchables ? En fait, c’est un peu plus mitigé que cela. Tout d’abord, il y a quelque chose de vraiment impensable, sur une descente où il n’y a pas eu de mistoufle, pas d’option tactique, le premier a environ 4h15 d’avance sur le 2ème. Il est environ 15% plus rapide ! Après avoir eu quelques échanges où j’ai appris que Fastrak et Raging Bee avaient eu de la casse sur la descente, je me suis dit qu’en plus d’avoir le bon bateau, Léon étaient les seuls à n’avoir rien cassé. J’ai eu ensuite l’occasion d’échanger avec l’équipe de Very Good Trip qui ont aussi un 1030 et qui terminent tout de même 3ème de la descente. Ils n’ont rien cassé non plus. Ils ont toujours eu la voile adaptée au temps et ils perdent 4 heures sur Léon ! J’ai donc décidé de regarder d’un peu plus près comment se sont creusées ces 4 heures entre Léon d'une part et Very Good Trip et Raging Bee d'autre part. Contre toute attente, l’essentiel se fait dans la portion Scilly / Plymouth et non dans la descente entre le Fastnet et les Scilly. En regardant le tracker et les temps réels, on voit que Léon creuse environ 1h15 sur la descente jusqu’aux Scilly et 2h45 sur la section Scilly / Plymouth alors qu’il s’agissait d’une descente plutôt VMG. On peut donc penser qu’on est face à un phénomène de différence de vent et de courant en fonction de l’heure de passage plutôt que de pure performance du bateau. Qu’on me comprenne bien, je ne conteste absolument pas la suprématie d’Alexis et Jean-Pierre, je dis juste que pour coller 3 heures à tout la flotte entre les Scilly et Plymouth sur une allure où le bateau est performant mais à priori pas intouchable, il faut qu’un autre phénomène entre en jeu.

 

Que conclure de tout cela ? C’est encore très tôt pour conclure quoique ce soit. Mon inquiétude majeure est d’être obligé de changer de bateau au cas où les nouveaux modèles rendraient les bateaux actuels obsolètes. Paradoxalement, à la fin de ce Fastnet rien de ne l’indique vraiment. Léon avait 2% d’avance sur le 3ème à la fin de la montée (j’exclus Fastrak qui est aussi professionnel). Il y a deux ans c’était exactement pareil. C’est donc probablement plus le talent d’Alexis Loison et de Jean-Pierre que le bateau qui explique l’avance. Quand à la descente, dans un angle parfaitement adapté au bateau, Léon arrive à prendre une heure à Raging Bee en 13 heures de course. C’est beaucoup et cela indique que le bateau est intouchable dans ces conditions. Cependant Raging Bee m'expliquait qu'ils ont eu un peu de casse et fait une partie de la descente sous genoa. Au final, ils ne perdent qu'un petit quart d'heure sur Very Good Trip sur cette section.

 

C'est vraiment difficile de trancher. Cependant après avoir lu Jean-Pierre, regardé les résultats, discuté avec les équipages, je crois que le consensus est de dire que le 1030 est vraiment au dessus des anciens bateaux à certains angles On peut maintenant imaginer deux cas pour le 1030. Soit le bateau continue à avoir des trous à certaines allures et à être surperformant à d'autres. Dans ce cas, le beau jouet de l’IRC double sera bien abimé car en fonction de la météo on saura qui va gagner alors qu’aujourd’hui que l’on soit sur un 10.10, un 10.80, un 3200 ou 3600, je ne crois pas qu’il y ait des conditions qui changent radicalement la donne. La régate va y perdre un peu d’intérêt. Soit le 1030 n’aura plus de trou et sera soit aussi performant que les anciens bateaux dans certaines conditions et intouchable dans d’autres rendant ainsi toute la flotte obsolète.

 

Et le 3300 dans tout cela ? Malheureusement, on ne peut rien dire, Fastrak a eu une trajectoire trop différente sur la descente pour pouvoir déterminer s’il tient ou non le 1030 dans les angles entre 90° et 140°. Sapristi ne perd qu’une quarantaine de minutes sur Léon sur la section Fastnet / Scilly ce qui est toujours beaucoup mais moins que tous les autres bateaux. Le bateau a déjà montré qu’il était compétitif à de nombreuses allures, s’il l’est aussi à ces angles alors il sera intouchable, s’il ne l’est pas, il rejoindra la flotte des bateaux actuels compétitifs dans toutes les conditions mais lâchés par le 1030 à certains angles.

 

Je suis relativement pessimiste sur l’avenir de l’homogénéité de la flotte. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

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