TimelineFRA 43 831

Pas trop déçus ?

"Pas trop déçus ?", c'est la question que l'on nous a pas mal posée et que je pourrais aussi poser à ceux qui nous suivent. De nôtre côté, la réponse est plutôt "non".

15/08/21

Ceux qui me connaissent pourraient facilement imaginer que j'ai vécu à nouveau un moment où je décide d'arrêter la voile. Une place de 18 au Fastnet, cela mérite bien d'abandonner la course au large définitivement. En fait non, pendant cette régate nous nous sommes parfois demandés ce que nous faisions là lorsque les conditions étaient rudes mais nous n'avons jamais  été vraiment dans le dur psychologiquement. Paradoxalement, le moment le plus difficile de la course a probablement été au début alors que nous étions encore très bien.

 

Si l'on reste sur un plan psychologique, ce qui est différent depuis que l'on fait du double, c'est l'ascenseur émotionnel. En équipage, mis à part la dernière année, nos performances étaient à peu près constantes. Depuis que nous faisons du double, nous alternons le meilleur et le moins bien. En 2019, nous commençons la saison offshore par 2 podiums suivi par une place moyenne et un échec au Fastnet. En 2020 où il n'y a eu que 2 régates, nous enchainons une honorable 4ème place à l'Armen et une bonne taule au Spi Ouest-France. En 2021, nous réussissons très bien La Trinité / La Rochelle et la 45.5, assez bien La Trinité / Cherbourg mais nous connaissons deux échecs au Fastnet et à la Duo Catamania et un résultat moyen (8) à Cowes / Dinard. J'avoue que pour moi qui m'investit beaucoup psychologiquement dans ce sport, c'est un peu difficile à gérer. Quand on ne marche pas bien, je me dis "on est à notre place, on ne navigue pas très bien" et puis la régate suivante on fait une bonne performance et on ne sait plus quoi penser et où est notre place.

 

Revenons au Fastnet.

 

Tous ceux qui ont pris le départ ont réussi à le faire, mais mettre la GV de cap, le tourmentin, passer la porte, enlever tout cela, les plier, puis hisser la GV, prendre un ris, envoyer le solent, le tout de 30 noeuds de vent et au milieu de 400 bateaux prend pas mal d'énergie quand on est en double. Au final, on est content quand la course commence vraiment, même dans 30 noeuds de vent. Nous avons fait une bonne sortie du Solent, nous avons pris un départ correct et avons pu à peu près naviguer où nous le voulions. Arrivé au fort, nous devons être 7ème en IRC3 (à ce stade on ne peut pas encore regarder les doubles car l'influence du départ 15 minutes avant des IRC4 est trop forte). Nous nous retrouvons cependant coincés en babord du côté de l'Ile de Wight dans les Needles alors que nous voulions être côté Shingles, cela nous coûte quelques places.

 

 

Ensuite, on a assez bien navigué, on a enlevé le ris au bon moment, puis changé de génoa assez rapidement. Il semblait évident qu'il était "trop tard" pour Portland Bill, nous avons cependant repéré que la tête de cours semblait clairement s'y diriger. Là, je dois avouer que "j'ai suivi". J'imaginais que leur idée était de faire le passage à l'intérieur, ce qui dans un vingtaine de noeuds après 2 jours de brise me semblait potentiellement compliqué, mais je me suis dit qu'ils savaient ce qu'ils faisaient. On a donc décidé d'y aller et effectivement, cela passait assez facilement à l'intérieur. Nous voilà donc dans le groupe de tête, très proche de nos camarades.

 

Au matin, arrivés à l'entrée de la baie de Plymouth, nous avons perdu un peu de terrain mais rien de grave. Nous décidons de traverser la baie dans sa partie Nord avec Mary en espérant avoir un peu moins de courant au début. L'essentiel de la flotte choisira de traverser soit au miliieu soit au Sud. Ils y trouvent plus de vent et nous perdons pas mal de places dans cette phase. Nous avons ensuite une séquence moyenne jusqu'à la DST. Disons que l'on a réussi à reprendre une attitude positive après avoir accusé le coup. Je n'ai plus le tracker en tête mais je crois me souvenir qu'au début de la remontée de la mer d'Irlande nous sommes dans les 10 premiers en compensé.

 

Au départ de la course, j'ai pensé qu'avec le Code 0 que nous avions reçu (mais jamais essayé) nous avions maintenant à peu près tout ce qu'il fallait pour le largue : dans moins de 15 noeuds on a le code 0, au delà de 105° on a l'A2 ou le code 5 en fonction de la force du vent. Je n'avais pas réalisé qu'il y avait peut-être un trou dans le 90/105 par plus de 15 noeuds... Revenons à la mer d'Irlande, la remontée commence bien sous génoa, nous allons vite, nous lachons Diablo et nous nous maintenons bord à bord avec Tigris  qui nous rend du temps. On voit des bateaux apparaître devant nous ce qui signifie que nous nous rapprochons. Et puis cela adonne un peu, il y a 18noeuds à 100°. Nous n'avons jamais utilisé notre code 0, même pas déroulé une fois, il est conçu pour 16 noeuds d'AWA et on est déjà au dessus. Là, sincèrement, l'envoyer avec l'idée de le rouler pour la première fois de nuit et au dessus de son range dans le climat légèrement inhospitalier de la mer d'Irlande, on n'a pas voulu le tenter. Par contre on a tenté le code 5, sérieusement. On l'a envoyé, on a affalé le génoa (contrairement à la même situation dans la baie d'Audierne) et on a tenté pendant 20 minutes. Et cela n'a pas marché, on était sous la route, cela se voit sur la capture ci-dessous on attendait du refus, ce n'était pas jouable. On a donc vu Diablo qui tenait son code 0 nous repasser, Tigris s'éloigner rapiement, Axe Sail prendre de l'avance, quand à Mary qui je suppose a mis son code 0, il a traversé la flotte. Assez frustrant de se retrouver dans le seul "trou" de notre jeu de voiles.

 

 

 

Quand je vois Diablo classé 11ème au phare, je me dis que ce "pas de bol" nous coûte au moins 2 places. En tous cas, nous voyant 13ème au Fastnet en ayant un objectif d'être dans les 10, nous sommes bien motivés et dans notre esprit, c'est complètement jouable. Le jeu de la descente était de rester autant que possible dans un front qui se décalait vers l'Est, il fallait donc loffer au dessus de la route pour l'accompagner un peu. C'est donc un sentiment assez étrange d'être satisfaits de se prendre une pluie diluvienne avec le bateau sur la tranche, en se disant :"plus cela dure, mieux c'est, il faut que cela continue comme cela". La descente se passe bien, nous sommes cependant obligés de monter dans le mat pour décoincer une drisse de spi qui, un peu trop étarquée, était enfoncée dans sa trompette... Je crois me souvenir qu'en compensé, il ne se passe pas grand chose durant la descente, nous sommes autour de la 12ème place. Nous avons bien sûr étudié le timing du passage de la DST, notre inquiétude portait sur la partie de la DST orientée NW / SE, où nous allions être portant et où s'il devenait nécessaire de loffer, le courant nous porterait sur la DST. Par contre, le segment Est de la DST ne nous inquiétait pas trop, il devait être au près dans 7/9 noeuds avec un courant raisonnable. Vous connaissez la suite. Il y a eu 5 noeuds de vent, nous sommes restés bloqués. En 5 heures, nous avons progressé de 8 milles. Si on prend Enedis comme repère et qui est passé de l'autre côté de la DST, la perte est de 30 milles. A 20 milles de la DST quand nos routes divergent il est 7 milles derrière nous, quand nous passons Bishop, il est 21 milles devant. Tout est dit, en perdant l'équivalent de 4 ou 5 heures, on perd toute chance d'entrer dans les 10.

 

Si nous étions les seuls à avoir choisi le mauvais côté, ou si nous n'avions pas été accompagnés par des bons bateaux je me dirais "encore une grosse bêtise tactique". Mais là, nous sommes avec Cora qui est vraiment très bon et qui malgrès cette erreur va terminer 6ème (à ouhai, quand même), nous sommes avec Axe Sail où l'un des deux naviguant est Romain Mesnil actuellement le meilleur français au classement mondial de Match Racing, avec Jangada qui va aussi entrer dans les 10 malgrè cette erreur et avec Fastrak qui même si ce n'est plus le bateau de Bromby a toujours un équipage très performant. Je me dis donc que l'on a été pris au piège avec d'autres qui savent vraiment faire du bateau. Le grib ne donnait pas 5 noeuds de vent, il en donnait 8/10 et avec 8/10 ce n'était pas la même histoire.

 

Pour finir, nous faisons une très bonne traversée de la manche et arrivons à revenir sur un groupe qui est passé du bon côté de la DST mais qui a eu une route Sud en Manche. Cependant, en compensé le mal est fait.

 

Au final, la course est assez lisible, notre objectif d'être dans les 10 était raisonnable. Les 5 premiers ne font pas d'erreur et sont intouchables pour nous pour l'instant. Ensuite, c'était complètement jouable, on rate l'objectif pour 2 problèmes : le "trou" dans le plan de voilure dans les conditions de vent de la montée et l'arrêt buffet à Bishop. Cependant, c'était loin d'être évident de ne pas rencontrer ces deux problèmes. Je ne me sens pas trop coupable pour ce qui nous coûte le plus et finalement beaucoup plus coupable pour des erreurs qui nous ont coûté beaucoup moins.

 

Même si le résultat est un échec, nous avons un sentiment de progrès, cela ne se voit pas sur le tracker, mais nous commençons à mieux nous débrouiller en double, à faire les efforts qui sont souvent nécessaires pour rester dans le match. Par ailleurs, notre choix de ne pas changer de bateau et d'investir dans celuli-là est complètement validé. Nous avons fait les bonnes modifications sur le bateau, il est plus performant et plus polyvalent. Alors bien sûr, les 2 premiers sont un 1030 et un 3300, mais ce sont surtout les 2 équipages professionnels, ce n'est pas une histoire de matériel mais bien de niveau. Ensuite, on voit que le reste du classement est un mélange de nouveaux et d'anciens bateaux, comme cela a été le cas toute l'année. Alors il y aura bien sûr des régates "faites pour le 1030", mais il y en aura probablement tout autant des "faites pour les anciens bateaux". On peut donc voir l'avenir sereinement sur ce point.

 

 Pour conclure, je vous invite à regarder cette vidéo à partir d'une minute et jusqu'à 4:07 où l'on nous voit passer. Les témoignages des 2 premiers le confirme, c'était une course un peu spéciale:

 

https://youtu.be/YkGDgfOrYqQ

 

 

 

 

 

 

Articles précédents

27/06/21

Un autre sport

La régate en double sur des petits côtiers est un autre sport dans lequel on ne brille pas ! Dans une course au format assez similaire au Spi Ouest-France, nous faisons un résultat identique.


Lire l'article

09/06/21

Bon départ

Après 9 mois sans régate, quel plaisir de retrouver la compétition ! Par ailleurs, l'année commence bien avec une victoire et une place de 2.


Lire l'article

28/09/20

Toute la saison 2020 en un seul article

Les deux régates auxquelles nous avons participé ont abouti à des résultats contrastés avec cependant beaucoup de plaisir sur l'eau.


Lire l'article

10/08/19

Retired

Nous avons du abandonner le Fastnet sur un "accident". C'est assez frustrant. Il y a cependant beaucoup de choses à dire sur les autres bateaux.


Lire l'article

24/07/19

Un plateau très très relevé

A 10 jours du départ du Fastnet, analyse des forces en présence. Le niveau est très haut, les places dans les 10 seront très chères.


Lire l'article

13/07/19

Cowes / Dinard

Nous avons fait un mauvais résultat à notre seule régate en équipage de l'année. Cependant, plusieurs facteurs rendent cette contre-performance peu inquiétante.


Lire l'article